lundi 10 juin 2013

Après la pluie, le bonheur

"Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs".
William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été.

Voulez-vous que je vous décrive une sensation vraiment exquise ?

Imaginez, par un beau matin d'été, vos pieds nus foulant l'herbe encore humide de rosée. Le soleil darde de ses rayons des millions de gouttelettes cristallines, transformant le paysage en un admirable champ d'étoiles, parant Dame Nature de diamants éphémères et fragiles.


Ces petites larmes déposées par la nuit, minutieusement, sur chaque brin d'herbe, sur le moindre fil d'araignée jusqu'alors invisible, sont un vrai miracle pour le photographe et ont tôt fait de le plonger dans un autre monde, où l'imaginaire et la poésie prennent le pas sur la réalité.

Chaque goutte recèle des trésors pour l'oeil averti. A l'envers, à l'endroit, elles deviennent des loupes faisant apparaître des détails inconnus et basculer notre monde familier dans une dimension étrange.


Comment ne pas être admiratif devant ces perles d'une parfaite rondeur, réserves aquatiques miniatures renfermant tout un univers, dont s'abreuvent les insectes en donnant l'impression de s'adonner parfois à un dangereux exercice d'équilibriste ?

Pour voir des exemples d'images magnifiques, vous pouvez consulter la galerie de Gilles Rémus, passé maître en la matière.



Alors, on les prend ces photos ?

Photographier cet univers unique n'est pas chose facile. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, comme souvent dans la capture du minuscule. Le vent, la lumière, la fragilité de ces éléments sont autant de défis qu'il vous faudra relever...

L'usage d'un pied s'avère indispensable, pour une stabilité à toute épreuve. L'utilisation d'un (ou de plusieurs) filtre neutre permettra de prolonger le temps de pause en diminuant l'ouverture de l'objectif et ainsi d'obtenir une qualité de détail et un piqué appréciables. 

Bien entendu, il faut soigner le cadrage pour obtenir une composition soignée et harmonieuse.



Personnellement, quand je travaille sur ce type d'image et comme mon objectif macro a une profondeur de champ limitée, j'utilise la technique du "focus stacking" (ou hyperfocus) : il s'agit de prendre plusieurs photos, avec le même cadrage mais une mise au point effectuée à différents endroits, pour augmenter la zone de netteté. Les images sont ensuite "mélangées" à l'aide d'un logiciel de retouche pour faire ressortir les parties nettes.



ll est vrai que la pluie a bien des défauts, mais quand elle s'arrête, que la vie est belle ! Et si par bonheur il fait beau, il n'est pas interdit d'utiliser de temps en temps un vaporisateur pour s'amuser un peu, à condition de ne pas déranger nos petits amis... 

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires sur ce post et à m'interroger si vous avez des questions.

lundi 3 juin 2013

La vie secrète de Napoléon

Parcourant depuis plusieurs années les herbes folles de mon sud-ouest natal en quête de nouvelles images, je suis de plus en plus fascinée par les araignées. Je suis même passée, à la surprise voire à l'incompréhension totale de mon entourage, d'un état quasi phobique à une franche sympathie pour ces petites bestioles.

J'aimerais vous faire découvrir aujourd'hui la (toute) petite araignée Napoléon (ou Thomise globuleux - Synema globosum), qui tient son nom du 'tatouage' noir qui orne son abdomen et représente la silhouette de l'empereur bien connu coiffé de son bicorne.



De la famille des araignées Crabes (Thomisidae), cette arachnide - une fois n'est pas coutume - ne tisse pas de toile. De petite taille, la femelle est en général presque deux fois plus imposante que le mâle (6 à 9 mm pour elle, 3 à 4 mm pour lui).

Ses pattes antérieures sont  plus longues que les postérieures, ce qui lui vaut son surnom de crustacé. Elle peut ainsi se déplacer rapidement et en tous sens, que ce soit pour fondre sur ses proies ou pour éviter ses prédateurs.

Chassant à l'affût, elle peut patienter des heures, voire même plusieurs jours sans nourriture. Quand elle tient une proie entre ses pattes, elle la mord derrière la tête et lui injecte son venin, puis des sucs digestifs qui lui permettront d'aspirer l'intérieur de l'insecte.



Une technique de chasse bien rodée... et un nouveau comportement ?

Si elle aime en général se tenir sur les ombellifères (comme les fleurs de carotte sauvage), on l'observe aussi souvent sur les marguerites, où elle développe un comportement que je n'ai vu décrit dans aucun autre article.

Les insectes évitant d'instinct les fleurs présentant une tâche, elle ruse et colle plusieurs pétales entre eux afin de s'en servir de cachette, ce qui lui permet à la fois de se préserver de potentiels prédateurs et d'attendre en toute discrétion l'arrivée de sa proie.

Si vous êtes un peu curieux, regardez-donc les marguerites sur votre chemin. Si vous découvrez quelques pétales agglutinés, jetez un oeil à l'intérieur et ne soyez pas surpris : Napoléon guette !


Comment la photographier ?

La petite araignée Napoléon est assez craintive et au moindre mouvement elle ira se cacher. Il vous faudra donc prendre votre mal en patience et attendre qu'elle sorte de sa cachette, ce qui devrait vous laisser le temps de vous installer.

Tout appareil même le plus compact peut être utilisé pour débuter la macro, mais un reflex couplé à un objectif spécialisé permettra d'obtenir de meilleurs résultats. J'utilise pour ma part le Canon Eos 7D associé à l'objectif Macro Sigma 105mm f2.8, qui offre un excellent piqué et de beaux arrière-plans.

Le sujet étant très petit, l'utilisation d'un pied et d'un flash spécifique sont fortement conseillés pour éviter les flous 'de bougé' et obtenir la plus grande netteté. Je préfère pour ma part travailler à main levée et utiliser la lumière naturelle, pour une plus grande liberté de mouvement. A vous de voir quelle méthode vous conviendra le mieux.

Il est indispensable de veiller à ne pas photographier les sujets en plein soleil, la lumière dure n'embellissant pas l'image, au contraire. Si la séance a lieu dans la journée, mieux vaut rester à l'ombre. L'idéal ? Privilégier le début de matinée ou la fin d'après-midi, qui vous offriront une lumière dorée à souhait et pleine de douceur.



Bien entendu j'attends vos remarques, commentaires, critiques constructives ou demandes de précisions dans l'espace dédié ci-dessous. N'hésitez pas !








vendredi 31 mai 2013

De l'esthétisme en macrophotographie

Quand il m'arrive de vouloir identifier l'un des insectes que je viens de photographier ou une jolie fleur croisée sur un chemin, je suis toujours assez déçue des images qui me sont présentées dans les différents ouvrages naturalistes ou scientifiques, ou sur la majorité des sites ou des blogs qui référencent les espèces animales et végétales qui peuplent notre environnement.

Les couleurs sont souvent fades et rendent encore plus compliqué et désagréable un travail déjà fastidieux. Sur un fond souvent blafard, on a la vague impression d'arpenter du regard un genre de cimetière exposant des petites bêtes pourtant immortalisées par le photographe.

Ce serait tellement bien si l'on pouvait donner un peu de sex appeal à ces bestioles si souvent mal-aimées ! Non, les araignées ne sont pas toujours rébarbatives, et sans aller jusqu'à être tout à fait sympathiques, elles peuvent parfois se montrer souriantes ! Non les fourmis ne sont pas là que pour gâcher vos pique-niques !

Certes, la beauté est un concept tout à fait subjectif. Mais s'il vous plaît, messieurs les entomologistes, vous qui aimez les insectes au moins autant que moi, faites un tout petit effort pour les mettre un peu en valeur...

Allez, et pour vous montrer que c'est possible, voici quelques exemples à suivre...


Et bien d'autres que je vous invite à découvrir dans les prochains posts !









Mini big-bang pour des petits mondes

Certains se diront que c'est un blog de plus, et ils auront raison...

Ils se diront aussi qu'il faut en avoir, des choses à dire, pour consacrer des pages aux petits mondes que nous offre la nature. Et ils n'auront pas tort.

Pourtant, il est temps de mettre des mots sur des images, d'expliquer, d'éclairer, d'échanger, et de partager, encore et toujours.

Ici vous ne trouverez donc pas que des images, mais il y en aura aussi. J'espère que les sujets traités sauront vous intéresser, et que les mots que je choisirai vous feront parfois sourire, que vous prendrez conscience de l'immensité du minuscule qui nous entoure.

N'hésitez pas à commenter, débattre, laisser vos impressions, pour que chacun s'enrichisse et utilise cet espace de liberté.

Soyez les bienvenus dans mes petits mondes...